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litterature francaise

Journal d'un corps

Publié le par Emmanuelle

Le corps. Voici un sujet original et inattendu dont s’empare malicieusement Daniel Pennac. De 13 à 87 ans, un homme tient sans état d’âme le journal de sa ‘carcasse’. De l’adolescent qui veut devenir consistant au vieillard agonisant, on savoure ses mutations les cinq sens en éveil , évidemment !
Qu’il défèque, urine, éternue ou se gratte, ce narrateur anonyme (né en 1924) se refuse à tenir un journal intime. Qu’il saigne, crie (à la place du blessé !), pète, frissonne ou déglutisse, caresse ou jouisse, son corps a cela d’universel qu’il est source de plaisirs comme de désagréments. Son journal, impudique, sans tabou, se lit aussi avec bonheur comme un recueil d’aphorismes.
Jusqu’à sa mort en 2010, il manie toujours la plume avec humour, car
‘quand on a tenu toute sa vie durant le journal de son corps, une agonie ça ne se refuse pas!’.Aussi, si vous avez raté une étape, si vous cherchez un conseil ou un sourire, reportez-vous à l’incontournable index de ce pseudo et si singulier dictionnaire médical.
Touchant et drôle, ce
Journal d’un corps l’est assurément. Une version au féminin serait appréciée (notamment par le diariste lui-même), qui tente l’aventure ?

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Daniel Pennac - Journal d'un corps - Gallimard - 22€

 
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Bon rétablissement

Publié le par Emmanuelle

Une bonne nouvelle (encore !) : la parution d’un nouveau roman de Marie-Sabine Roger. Si vous avez raté La tête en friche et Vivement l’avenir (tous deux aux éditions du Rouergue), ne manquez absolument pas son savoureux et non moins roboratif Bon rétablissement. C’est un roman ‘médicament’ comme on en fait peu. C’est un roman indispensable signé par une talentueuse auteur qui sait inventer des histoires touchantes et percutantes, sait faire vibrer des personnages attachants plus vrais que nature et (ce qui ne gâche rien) a l’art de trouver les mots justes et le génie de la formule qui fait mouche à chaque fois ! Autant dire que même si ici il est question d’un homme veuf, sans enfants, un tantinet bougon et de surcroît hospitalisé (pour cause de multiples fractures), on ne boude pas son plaisir de passer quelques jours en sa compagnie afin de suivre avec attention et délectation sa convalescence, ses rencontres et ses états d’âme.
Un livre à s’offrir et à offrir comme une cure de vitamines à la sortie de l’hiver !

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Marie-Sabine Roger - Bon rétablissement - Rouergue - 18,50€

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A défaut d'Amérique

Publié le par Emmanuelle

A défaut d’Amérique : voici un beau titre pour un très beau roman. A défaut de vous en résumer (maladroitement) l’histoire (captivante), voici deux bonnes raisons de lire ce roman.
Primo : Carole Zalberg est une excellente conteuse. Elle sait rendre captivantes deux ou trois petites histoires de famille qui s’inscrivent dans la grande, celle avec la fameuse majuscule. Sur trois générations d’hommes et de femmes (de femmes surtout), mettons le cap sur l’Europe du XXe secouée par deux (ou trois) grandes guerres, faisons un détour par les Etats-Unis, et pourquoi pas en Afrique, du Sud plus exactement.

Secundo : Carole Zalberg est une auteur qui se soucie des mots, de rythme, de tempo, en un mot de style ! Sa maîtrise concourt à renforcer la lumière comme l’ombre de son récit. Et pourtant ne vous y méprenez pas, ses personnages, du passé ou de notre époque, sont de bons vivants (orgueilleux, volontaires, charmants, charmeurs, querelleurs). Humains !
Conclusion : ni bâclé, ni pesant, voici un roman d’une justesse rare à découvrir d’urgence !

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Carole Zalberg - A défaut d'Amérique - Actes Sud
- 18,50 €
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Les Vieux Fous

Publié le par Emmanuelle©Page des Libraires n°147 Septembre 2011

Il est abject, aussi voleur, violeur que meurtrier. Il éructe sans entrave son obscénité, sa haine, sa folie. Il se nomme Albert Vandel, il a plus de 140 ans et autant en kilos à déplacer, mais vous allez l’écouter. Attentivement, avec horreur et effroi, étonnamment. Car c’est un citoyen français, plus précisément c’est un colon en Algérie. Plus fort : il incarne la colonisation elle-même ! Dans un récit halluciné et torturé, du 19e siècle au printemps 62, rien ne vous sera épargné. De ses premières conquêtes et massacres à la tête d’un bataillon de zéphyrs, jusqu’au bordj où il est barricadé avec les derniers grands colons, il vous rafraîchira la mémoire sur l’histoire de l’Algérie coloniale.

Le propos est violent, parfois insoutenable, et pourtant tout est vrai. Ce qui fait la force du roman réside aussi et surtout dans la musique particulière qui le porte. Un souffle narratif étrange qui fait écho à la démesure de ces 130 années de folie coloniale et pousse inexorablement à poursuivre la lecture. Ressenti comme une respiration,  il peut accompagner les âmes les plus sensibles à suivre les délires d’un personnage narrateur sans tenue ni retenue.

Inoubliable, étrange et baroque, ce nouveau roman de Mathieu Belezi produit un véritable choc. Là où se mêlent constamment insoutenables vérités et fantaisies romanesques, nombre de questions restent en suspens et donnent envie d’aller voir encore plus loin. Dans les entrailles d’une mémoire collective qui tait l’intolérable.

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Mathieu Belezi - Les Vieux Fous - Flammarion  22 €
Entretien avec l'auteur

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Le Turquetto

Publié le par Emmanuelle

C’est par une note au lecteur que Metin Arditi introduit son nouveau roman. A elle seule elle suffit à susciter l’envie de dévorer ses quelque trois cent pages. Le postulat est le suivant : un tableau célèbre conservé au Louvre– dont la signature présente une discrète anomalie chromatique– serait l’unique oeuvre qui nous reste d’un des plus grands peintres de la Renaissance vénitienne. Un égal de Véronèse, un élève prodige de Titien lui-même que le grand maître surnomma ‘le Turquetto’, le petit Turc. La petite histoire en appelle une grande, celle d’un destin mouvementé que Metin Arditi conte avec ferveur.

Ainsi débute le conte d’une passion, celle d’Elie Soriano. né de parents juifs en terre musulmane (à Constantinople vers 1519), qui ne peut concevoir de vivre sans dessiner. A la mine de plomb ou au pinceau, il veut saisir l’autre. Pénétrer son âme, la comprendre et la révéler, dans toute sa vérité. Mais les lois sacrées des Juifs et des Musulmans lui interdisent la représentation. Alors, pour assouvir sa passion, l’artiste triche, renie ses origines et fuit très jeune en Italie.

A Venise, il masque son identité, fréquente les ateliers du Titien, et connaît une carrière exceptionnelle sous le nom de Turquetto. Il offre aux congrégations vénitiennes une œuvre admirable nourrie de tradition biblique, de calligraphie ottomane et d'art sacré byzantin. Pourtant, au sommet de sa gloire un malheureux incident fera basculer son formidable destin. Avec une force rare et une érudition inspirée, Metin Arditi dépeint, au cœur des rivalités et des fastes de la Renaissance, le destin d’un artiste dont le talent égale l’inspiration. Entre ombre et lumière, voici une vraie pépite au cœur de cette rentrée littéraire !

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Metin Arditi - Le Turquetto - Actes Sud 19,50 €

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Juste avant

Publié le par Emmanuelle

Une jeune femme veille son arrière-grand mère agonisante. Peu encourageant comme premier roman ? Détrompez-vous : ces deux-là se racontent avec drôlerie et poésie, car toutes deux ont du tempérament pour dire les choses en silence. La première, la plus jeune, pétillante et fraîche c’est Fanny qui ‘accompagne’ la seconde; Juliette, sa très vieille pomme, sa Granny étendue sur son lit d’hôpital. L’attente, le froid, la peur encadrent leurs deux récits. Juste avant un ultime souffle, juste avant de continuer à vivre, leurs voix et souvenirs s’alternent. Pour dire cinq générations de femmes et un siècle qui s’écoule. Pour dire les bonheurs comme les accidents de la vie moderne. Guerres, amours, voyages, études, naissances, maladies, deuils, regrets et renoncements, mille et un détails et anecdotes ressurgissent et s’animent. Avec élégance et pudeur parfois, sans fioriture ni retenue le plus souvent, Fanny et Juliette se racontent simplement. Jusqu’au bout de ce bouleversant portrait croisé, Fanny Saintenoy excelle dans la maîtrise de la simplicité, pimente l’ensemble d’humour et de poésie et suscite l’émotion sans maniérisme.
Beau et juste, son premier roman a entre autres deux belles qualités : une force douce et une gaieté tendre.

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Fanny Saintenoy - Juste avant - Flammarion 12 €

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Rendez-vous aux AA (amoureux anonymes)

Publié le par Emmanuelle

 

Homo erectus n’a rien d’un roman de paléontologue. La plume de Tonino Benacquista préfère l’insolite. Un brin social, un peu déjanté et captivant, c’est surtout un beau roman d’amour qui donne la parole aux hommes.

Dans un club, une réunion, une confrérie, qu’importe ! Appelez ce rendez-vous comme il vous chante mais c’est dans un lieu de parole et d’écoute exclusivement réservé aux hommes que nous sommes conviés. Ici les langues se délient pour dire brièvement ou longuement, calmement ou frénétiquement une histoire, son histoire. Sentimentale ou sexuelle, il y est question d’amour comme de désamour, de trahison, d’obsessions, de complexes. Pour toute la gent masculine, tous les jeudis, le propos y est libre. Quelques règles néanmoins régissent les réunions : aucun dialogue n’est autorisé pendant les confessions et seule une prise de parole est permise pour chacun des participants. Parmi cette curieuse assemblée, ils sont trois et ne se connaissent pas. Chacun attend son tour pour se raconter, pour oser, pour tout déballer, le meilleur comme le pire…

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Tonino Benacquista - Homo Erectus - Gallimard 17,90 €

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Cloués au port

Publié le par Emmanuelle

 

Rêveur raconteur, le Capitaine est l'une des figures du bar Chez Pedro. Le soir, Jimmy, ex-grutier sans emploi, s'installe pour boire à ses côtés, l'écouter et prendre place dans l'étrange chronique collective dentelée de disparus, d'énigmes, de voyages et de coups du sort de ce petit port de Bretagne.
Autour d'eux bourdonnent d'autres voix qui se perdent : chasseurs, boulistes et solitaires qui n'ont trouvé meilleur refuge pour fuir la canicule qui sévit. Pas de quoi entamer le débit du Capitaine, qui s'en va parler aux morts du cimetière d'en face dès que les vivants semblent un peu moins attentifs à ses propos. En cet été torride, la vie s'effiloche plus vite que d'habitude. Les plus faibles tombent, d'autres s'éteignent à petit feu, emportant avec eux des pans d'histoires et de solitudes que le narrateur de Cloués au port s'attache à restituer.

Ici une écriture précise, sobre, concrète porte magnifiquement des histoires de vivants et de morts au cœur d’une Bretagne discrète mais réelle. Entre terre et mer, touché par le lyrisme et la poésie de ce court roman, le lecteur reste vraiment cloué au port. Tant mieux !

cloues au port
Jacques Josse - Cloués au port - Editions Quidam 12€

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Celles qui attendent

Publié le par Emmanuelle

Dans ce quatrième roman de Fatou Diome , destination le Sénégal. Un pays où règnent traditions, polygamie et misère. Un pays que les hommes sont nombreux à vouloir quitter clandestinement. Au péril de leur vie. Coûte que coûte pour rejoindre l’Europe. Le sujet est sensible : ce roman vraiment magnifique !

Extrêmement bien rythmée, cette captivante histoire de femmes mêle chronique sociale et drames personnels. Le réalisme le plus trivial y côtoie malicieusement l’animisme. Pour chanter la douleur et l’angoisse, révéler les désillusions et les faux pas, dénoncer avec détermination des contradictions politiques et culturelles, l’écriture est musicale et pleine de souffle. Ample et houleuse la voix de Fatou Diome a cette force qui vous emporte, une liberté de ton qui vous enchante, un humour qui vous ravit. Sans jamais oublier de dire la rage et la colère avec conviction.

Fatou-Diome.png
Fatou Diome - Celles qui attendent - Flammarion   20 €

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